New Women Connectors, pour l'inclusion et la justice sociale des migrantes et réfugiées en Europe


Anila Noor est la fondatrice de New Women Connectors (NWC), un mouvement qui aspire à construire un écosystème féministe et inclusif. Elle œuvre pour une Europe plus inclusive, en particulier pour les femmes réfugiées et migrantes et pour la communauté LGBTQ+, en leur donnant les moyens d'agir et de se faire entendre.


FAIRE a eu le plaisir de rencontrer Anila et de discuter de son travail et des projets de NWC.




Bonjour Anila Noor ! Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. Tout d’abord, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?


Je suis originaire du Pakistan, où j’étais une mère et une épouse non-traditionnelle militant pour le droit des femmes. J’ai travaillé avec la Fondation Aurat qui fournissait des bourses à des associations dirigées par des femmes ainsi que d’autres associations communautaires qui avaient pour but de partager des informations sur les droits des femmes au niveau local et rural.


Il est très difficile pour les femmes dans une société musulmane conservatrice non seulement de parler d’elles-mêmes mais aussi d’aborder ces sujets dans la sphère publique. C’est pour cela que j’ai déposé en 2015 une demande d’asile politique aux Pays-Bas.


Quels ont été les plus grands défis à relever en arrivant en Europe ?


J’ai reçu une assistance sociale quand je suis arrivée. Évidemment, je suis reconnaissante envers le gouvernement néerlandais pour cette aide. Mais recevoir cette aide vint avec la condition pour mon mari et moi de travailler dans une usine en tant qu’ouvriers. Ce fut encore une fois une période très éprouvante car je me suis sentie à nouveau emprisonnée. Au Pakistan, nous luttions pour les droits humains et ici en Europe nous sommes perçus comme un fardeau avec rien à offrir, quels que soient notre niveau d’éducation, notre expérience, ou notre motivation à travailler.


J’ai essayé de trouver un autre travail et le gouvernement m’a donné un choix : continuer à travailler à l’usine et recevoir des aides sociales, ou travailler ailleurs mais sans aide sociale. En 2017 j’ai choisi la deuxième option et la même année j’ai postulé à un appel d’offre du Open Society Foundation que j’ai gagné. Cela m’a permis de devenir une conseillère politique pour la ville d’Amsterdam. Je suis par la suite aussi devenue un membre du European Migrant Advisory Board.


Pouvez-vous nous décrire la mission de New Women Connectors, l’organisation que vous avez fondée ?


On ne permet pas aux femmes de s’épanouir. En tant que femmes venant de pays en développement et arrivant en Europe pour réaliser notre potentiel et dire « non » aux violences de genre et aux systèmes patriarcaux traditionnels, nous trouvons plutôt les mêmes cycles vicieux d’exploitation des femmes. Cela existe malheureusement aussi en Europe, et c’est pour remédier à ce problème que j’ai créé New Women Connectors (NWC).


J’étais impliqué dans le travail du European Migrant Advisory Board et cela m’a permis de comprendre comment autant d’ONG et d’autres acteurs traditionnels prennent des décisions importantes à huis clos et sans la contribution de réfugiés, en particulier de femmes réfugiées. J’ai fondé NWC pour résoudre ce problème et en particulier pour combler le fossé qui sépare les décideurs des parties prenantes. À NWC, nous essayons de soutenir les femmes réfugiées et leur permettre de devenir partie intégrante des discussions politiques.

Comment essayer-vous de combler ce fossé entre les décideurs politiques et les réfugiés ?


Je travaille avec les réfugiés pour leur donner confiance, pour leur dire qu’ils ont le droit de parler de politique. Nous essayons aussi de changer le discours qui se fait sur la migration, comment les autres nous définissent et comment nous nous définissons nous-mêmes. Nous essayons également de faire comprendre aux décideurs politiques le fossé qui existe et s’assurer que la diversité et l’inclusion existent réellement.


NWC vise à être un constructeur d’écosystèmes féministes. Nous voulons dire : « Rien à propos de nous sans nous. » Nous devons faire partie intégrante des discussions, nous devons faire partie intégrante du design [des plateformes de discussion].


Nous sommes conscientes des difficultés que rencontrent [les ONG internationales travaillant avec les réfugiés et pour le droit des femmes] mais nous contestons la façon dont elles nous perçoivent. Elles nous perçoivent simplement comme des réfugiés et nous demandent que des « consultations». Nous sommes des humains. Nous sommes le futur de l’Europe.


Quels types de programmes sont organisés par NWC ?


Malgré la crise sanitaire mondiale, nous avons pu obtenir des financements du European Culture Foundation et du European Progam for Integration and Migration. L’obtention de ces fonds est le fruit de longs efforts et aussi la reconnaissance que nous sommes une organisation qui opère en lien direct avec la communauté des réfugiés.


Ces financements nous ont permis d’offrir une plateforme disponible dans plus de 8 langues où nous avons invité des réfugiés, en particulier les femmes réfugiées, pour leur donner une voix, une plateforme qui leur appartient.


La plateforme était composée de réunions virtuelles où les réfugiés ont pu discuter de thèmes choisis par eux-mêmes dans le format qu’ils voulaient. Nous avons aborder beaucoup de sujets, tels que la violence de genre, l’inclusion digitale, l’éducation, le marché du travail, et le discours qui se fait sur les réfugiés.



Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le rôle des bénévoles et des autres organisations qui travaillent avec NWC ?


Nous avons un conseil d’administration et des bénévoles experts dans leurs domaines qui nous aident de façon pro bono. C’est grâce à eux que notre organisation survit. Nous avons aussi beaucoup de bénévoles qui nous aident en fonction de leurs intérêts, de leur expertise, de leurs compétences. Nous bénéficions souvent de l’aide de jeunes personnes douées avec les réseaux sociaux. Nous bénéficions aussi de l’aide des organisations comme FAIRE qui nous permettent de nous rapprocher du secteur privé.



Pourquoi le secteur privé est-il important aux yeux de NWC aujourd’hui ? Quel est le prochain grand objectif de votre organisation ?


Pour l’instant, lorsque les grandes entreprises veulent aider des réfugiés, se tourner vers les ONG internationales reste leur seule option. Ce processus force les réfugiés à dépendre de larges organisations et ces entreprises ne se rendent pas compte qu’elles n’aident pas, qu’elles perpétuent en fait des inégalités. NWC veut créer une plateforme où les entreprises peuvent directement être mises en relation avec la communauté de réfugiés.