Rencontre avec Andra WEISS, co-fondatrice de Younited Cultures


Pour ce nouvel article, FAIRE a eu le plaisir de rencontrer Andra Weiss, participante au programme COMBO de makesense et Elan Interculturel.


Andra est venue nous parler de Younited Cultures, sa marque d’affirmation qui souhaite célébrer la diversité et changer le regard de notre société sur les migrants en racontant leurs histoires sur des chaussettes et des écharpes.



Bonjour Andra, merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à mes questions ! Parlez-moi un peu de votre parcours : de quel pays venez-vous et quel a été votre parcours professionnel avant votre arrivée en France ?


Je m’appelle Andra Weiss et je viens de Roumanie. J’ai déménagé en Autriche en 2004, après mes études universitaires. C’était la première fois que j’émigrais dans un pays que je ne connaissais pas et dont je ne connaissais pas la langue. C‘était un choc culturel mais aussi une opportunité de développement personnelle et professionnelle. Là-bas, j’ai travaillé pendant 6 ans dans une entreprise de cosmétique de luxe autrichienne comme chargée du management des projets et des relations clients. Mais le monde de la production de la cosmétique étant polluant et pas durable, j’ai voulu changer d’orientation.


Mon frère m’a alors invité à rejoindre Impact Hub, une communauté globale d’entrepreneuriat social. J’ai vu des gens très heureux de faire ce qu’ils aimaient, même s’il cela comportait des risques. C’est ainsi qu’en 2014 j’ai lancé Younited Cultures en Autriche.


En 2019, je suis arrivée en France et j’ai lancé Younited Cultures en France.


Comment est née votre projet Younited Cultures et en quoi consiste-t-il actuellement ?


J’ai toujours été très concernée par l’image négative associée aux migrants. Pendant ma carrière, j’ai toujours eu des rendez-vous avec la discrimination à cause de mon pays d’origine, la Roumanie, à la fois sur le marché du travail mais aussi dans l’entreprise où je travaillais. Inconsciemment, c’est un discours qui rentre en tête.


Avec Iulia Berger, on a voulu créer quelque chose pour changer ça. On a commencé avec des écharpes, un produit simple qui ne requiert pas de savoir-faire particulier, sur lesquels on faisait dessiner des histoires inspirantes de migrants. C’est ainsi que Younited Cultures a vu le jour et a reçu le prix de Social Impact Start Award en 2014. Mais les écharpes étaient un peu trop chères et pas accessibles à tous. On a donc repensé notre produit et on a lancé les chaussettes.


Nous avons aussi lancé la collection « Celebrate migration » ; des carrés colorés, représentant une couleur, une culture, une identité pour célébrer la diversité culturelle et pour représenter toutes les histoires qui ne sont pas encore racontées.


Vous avez été incubée à SINGA et aujourd’hui vous êtes incubée au programme COMBO. Pourquoi avoir choisi ces programmes ?


Une fois arrivée en France, je me suis dit que la discrimination existe partout et que je pouvais relayer des histoires d’immigrés en France. Je voulais rejoindre un programme d’incubation pour connaitre le marché français, connaitre du monde et comprendre les étapes de développement en France.


Je connaissais le programme SINGA de l’Autriche et j’ai eu la chance de pitcher devant leur jury ici en France. En parallèle, j’avais aussi candidaté pour makesense et j’ai été sélectionnée.


Cela n’a pas posé de problèmes que je suive les deux programmes. J’aime beaucoup le fait qu’il n’y ait pas d’esprit de concurrence mais une vraie coopération entre les programmes pour aider au mieux les personnes aux parcours migratoires à profiter des services qui existent pour eux.


Qu’est-ce que ces deux programmes vous ont apporté ?


Chez makesense, tous les dossiers et outils mis à disposition sont très valorisants et utiles. J’avais besoin de connaitre les codes et le fonctionnement du système français, connaitre le langage et la manière de communiquer en France. Le réseau, les contacts et les mentors mis à disposition au sein du programme COMBO ont aussi été très utiles. Malgré le COVID, on a essayé de faire des ateliers et j’ai pu rencontrer plein de gens intéressants. Il y a vraiment une volonté de s’entre-aider et de partager nos ressources.


Avez-vous rencontré des difficultés lors du développement de votre projet ? Si oui, quelles ont été ces difficultés ?


En Autriche, le problème c’était le financement car l’entrepreneuriat social ne rentrait pas dans les critères des fonds accordés par l’Etat. C’est une lutte qu’on a toujours perdu, et on a pris un microcrédit de 10 000 euros, avec un intérêt de 3%. Depuis, nous produisons les chaussettes et les foulards juste avec le revenu des ventes, et parfois on réinvestit notre propre argent.


En France, j’ai eu principalement les mêmes soucis de financement. J’ai essayé de trouver des financements auprès de divers organisations, mais ils me demandaient un chiffre d’affaires, des preuves que le projet marche en France. Pour le moment, la meilleure méthode c’est donc de faire du crowdfunding, de commencer à faire un peu de vente et dans un an j’essaierai de demander des financements.


Quelles sont prochaines étapes pour Younited Cultures ?


J’aimerai continuer à diversifier nos produits. Je vais aussi lancer une campagne de crowdfunding sur Ulule autour de mi-mai, avec l’aide de deux bénévoles. On a contacté des associations qui étaient aussi dans ce secteur et qui pourraient donner de la visibilité à notre projet, partager notre vidéo et nous donner accès à une communauté. En coopération avec la Cravate Solidaire nous voulons faire un don d’un euro pour chaque paire de chaussettes vendue pendant le crowdfunding pour un de ses projets qui aide les femmes refugiées.


Si vous aviez un conseil à donner à une personne réfugiée qui souhaite devenir entrepreneur, quel serait ce conseil ?


De s’entourer de gens qui font la même chose, des entrepreneurs, de chercher des réseaux dans la ligne du projet. En Autriche on dit trois fois « Networking, Networking, Networking”. Il y a beaucoup de bénéficies à rencontrer des gens qui ont des projets similaires, pour collaborer, échanger des idées et surtout on ne se sent pas seule. On rencontre des gens qui veulent aider car ils sont dans la même situation.


Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?


De trouver des financements car cela reste important. Je cherche aussi un/e associé/e. Enfin, je cherche aussi des personnes africaines, et plus précisément une femme, pour faire une histoire de chaussettes car il y a beaucoup de discrimination à l’égard de la communauté des migrants issus d’Afrique.


Si le projet vous intéresse et vous désirez le soutenir, n'hésitez pas à consulter le e-shop de Younited Cultures : https://younitedcultures.eu/fr/