Entretien avec Awo, la future Bettencourt de la cosmétique bio !


Actuellement incubée au sein du programme COMBO de makesense, Awo est une entrepreneuse déterminée qui souhaite faire de la cosmétique bio inclusive avec sa marque, AwoBeauty.


FAIRE a eu le plaisir de la rencontrer et de discuter avec elle de son projet.




Bonjour Awo et merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à nos questions ! Peux-tu nous parler un peu de toi et de ton parcours ?


Je suis arrivée en France très jeune, et l’adaptation n’a pas été évidente. En Afrique, on est convivial et on accueille les gens qui viennent d’ailleurs. Mais quand on arrive en France, on peut être choqué par la différence entre ce qu’on nous montre de la France et la manière dont on nous accueille.


Quand je me demande comment j’ai fait ce cheminement, je me dis que je n’ai jamais oublié d’où je venais. Chez nous il existe un rituel avant un départ au cours duquel la famille nous explique qui on est et d’où on vient, et nous dit de nous appuyer sur l’éducation et les valeurs qu’on nous a inculqué pour nous intégrer. Avoir cette connaissance de soi-même et de sa culture aide beaucoup à garder son esprit ouvert et à comprendre comment les autres fonctionnent. M’intégrer tout en n’oubliant pas d’où je viens m’a permis d’avancer et de m’intégrer, mais aussi de supporter des phrases déplacées et le regard des autres parce que je partais du principe que les autres ne me connaissaient pas.


C’est par rapport à mon héritage que j’ai construit mon projet. Je me suis servie des rituels de nettoyage et de bain qu’on avait les weekends avec ma famille, et qui m’ont beaucoup manqué. C’était un moment de partage où les ainés apprenaient aux plus jeunes l’hygiène de soi, mais aussi à s’approprier son corps et ses cheveux. En France, il n’y a pas ça : beaucoup d’enfants aux cheveux crépus et métissés, dont les parents n’arrivent pas s’occuper, finissent dans des salons de coiffure où on leur conseille le défrisage. Au final, l’enfant ne sait plus qui il est. J’ai donc eu l’idée d’aider ces gens à s’occuper de leurs cheveux et à se réapproprier leur nature.


Comment le projet Awo Beauty a évolué et où est ce qu’il en est aujourd’hui ?


Au départ je partais sur un principe de concept de beauté avec des ateliers. La finalité c’était de créer une école de formation dédiée au soin des cheveux bouclés et aux tresses africaines parce qu’il y avait ce manque-là. Je n’avais pas l’intention de faire de la cosmétique, même si lors des ateliers, les participants me demandaient des cosmétiques sous ma marque en lien avec les conseils que je prodiguais au lieu de leur conseiller les produits de d’autres gammes. J’étais et je suis toujours VDI (Vendeur à Domicile Indépendant) pour une marque de produits bien être. Et au hasard d’une rencontre avec un laboratoire bio, qui avait des valeurs dans lesquelles je me retrouvais et qui était partant pour me suivre dans cette aventure, j’ai lancé ma marque de cosmétique sous le nom Aconcept Beauty.


Aujourd’hui, je suis en plein boum de réorganisation et de diversification. J’ai pratiquement tout revu avec un nouveau nom, un nouveau site et plein de nouveaux produits et accessoires. Ayant passé mon CAP coiffure il y a 3 ans, je tresse et je fais de la coiffure artistique. J’ai même pu faire quelques shows de coiffure artistique. Je suis aussi en train d’étoffer la gamme cosmétique pour pouvoir proposer un rituel de soin de bout en bout pour tous types de cheveux au sein d’une famille. Les parents sont les premières références des enfants et c’est important pour moi que la gamme s’adapte à toute la famille et que les enfants apprennent les soins capillaires en imitant leurs parents.

C’est ainsi que la marque Awo Beauty est née !


As-tu rencontré des difficultés lors du développement de ton projet ? Si oui, quelles ont été ces difficultés ?


Les difficultés ça ne manque pas ! En tant qu’entrepreneur déjà, mais aussi en tant que femme et en tant que femme noire encore plus ! Ça fait quand même depuis 2012 que j’ai eu l’idée de l’école de formation et que j’ai voulu professionnaliser ce que je faisais. J’ai un peu construit mon parcours seule et j’ai commencé avec seulement deux produits.


Le plus gros problème, c’est que personne n’y croyait et ne donnait d’importance à la cible que je visais. Les gens ont toujours du mal à intégrer le fait qu’on n’est pas tous pareil. C’est un projet qui me tenait tellement à cœur et je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je le regretterais. J’étais convaincu que c’était quelque chose qui allait marcher.


Comment imagines-tu le développement de Awo Beauty à long terme ?


On a commencé un travail sur des points de vente pour pouvoir référencer les produits en boutique. Dans le parcours client, tout le monde n’est pas identifié dans le rayon beauté et le marché bio a encore du travail à faire pour être plus inclusif. J’aimerai être prescriptrice de ce manque, dans les magasins spécialisés ou dans les supermarchés : c’est ce que je me souhaite.


Comment as-tu découvert le programme COMBO de makesense et qu’est ce qui t’as apporté le programme ?


Je l’ai découvert par une amie qui est passée par eux et qui en était très contente. Ce qui est bien avec le programme COMBO, c’est le côté multiculturel : le fait qu’on vienne tous d’horizons différents, avec des projets différents et avec tous, le même but et la même volonté de réussir notre projet. Avec les participants de COMBO, on était dans le partage et on se demandait comment creuser l’idée, la valoriser, l’expliquer et l’adapter aux gens en face de nous. C’est un endroit de libre expression qui nous remet les idées en place.


Si tu avais un conseil à donner à une personne au parcours migratoire qui souhaite devenir entrepreneur, quel serait ce conseil ?


Je lui dirais d’être ouvert par rapport aux autres, d’apprendre à comprendre les autres, ne pas être réfractaire quand l’autre ne le comprend pas. Et si la personne est convaincue que son idée est bonne, il faut tenter le tout pour le tout pour ne pas avoir de regrets. Il faut croire en soi, sans se décourager.


Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?


Que je devienne la reine de la cosmétique bio, madame Bettencourt de la cosmétique bio ! Être celle qui a réussi à démocratiser et rendre plus inclusif le bio.



Découvrez toute sa gamme de produits sur son site : https://www.awobeauty.com/